Souffle & Présence — 5 min · 2026-10-25
Un autel pour Samhain, entre mémoire et lumière
Bougies, grenade, objets anciens et souvenirs précieux… À l'approche de Samhain, découvrez comment composer un petit autel de saison avec ce que vous possédez déjà. Un rituel simple et intime pour accueillir la saison sombre, honorer la mémoire et laisser doucement partir ce qui n'a plus besoin de rester.
Quelques bougies, une grenade ouverte, une photographie ancienne et les derniers trésors du jardin. À l'approche de Samhain, un petit rituel pour accueillir la saison sombre, honorer ce qui nous a précédés et laisser doucement partir ce qui n'a plus besoin de rester.
Lorsque la maison change de saison
Il y a quelque chose dans les derniers jours d'octobre qui me donne toujours envie de transformer un petit coin de la maison. Pas nécessairement de décorer pour Halloween, même si j'aime profondément cette période et tout son imaginaire. Mais plutôt de retrouver cette atmosphère particulière des maisons anciennes, lorsque les bougies s'allument avant le dîner, que les ombres deviennent plus longues et que les objets semblent soudain raconter des histoires. À Tenerife, l'automne ne ressemble pas toujours à celui que j'ai connu ailleurs. Les arbres ne se couvrent pas tous de rouge et d'or, les journées restent lumineuses et l'océan conserve encore la chaleur de l'été. Pourtant, la saison change. On le remarque dans la lumière, dans la fraîcheur des soirées, dans cette envie de rentrer un peu plus tôt et de retrouver la maison.
C'est souvent à ce moment-là que je ressors mes bougeoirs, quelques objets anciens, une petite coupelle en céramique. Je déplace un cadre, j'ajoute une branche rapportée du jardin, une grenade achetée au marché. Et sans vraiment l'avoir décidé, un petit autel prend forme.
Samhain, le seuil de la saison sombre
Dans les traditions gaéliques anciennes, Samhain marquait un passage important du calendrier, celui de la fin des récoltes et de l'entrée dans la partie sombre de l'année. Célébrée autour du 31 octobre et du 1er novembre, cette fête a traversé les siècles, nourrissant des coutumes et des imaginaires qui résonnent encore aujourd'hui. Dans certaines traditions contemporaines, notamment néopaïennes, Samhain est aussi un moment consacré à la mémoire des défunts, aux ancêtres et aux liens invisibles qui nous unissent à ceux qui nous ont précédés. J'aime cette idée d'un seuil, d'un moment où l'on regarde derrière soi avant de continuer. Où l'on prend conscience de ce que les derniers mois nous ont apporté, mais aussi de ce qu'ils nous ont demandé de laisser partir.
Il n'est pas nécessaire de suivre une tradition spirituelle particulière pour être sensible à cette symbolique. Les saisons nous invitent naturellement à faire de la place, à conserver certaines choses et à en abandonner d'autres. Et parfois, un petit rituel domestique suffit à rendre ce passage plus tangible.
Les objets qui gardent la mémoire
Je n'aime pas l'idée qu'un rituel nécessite une liste d'achats ou une décoration parfaitement orchestrée. Les objets les plus touchants sont souvent ceux qui vivent déjà dans la maison. Pour Samhain, je choisirais une petite console, le coin d'une bibliothèque ou une table près d'une fenêtre. Un endroit tranquille, où quelques objets pourront rester plusieurs jours sans déranger le quotidien. J'y déposerais une bougie bordeaux ou ivoire dans un vieux bougeoir, une grenade ouverte dont les grains rouges rappellent les derniers fruits de la saison, quelques feuilles, une branche sombre ou une pierre volcanique ramassée lors d'une promenade. Peut-être aussi une photographie ancienne, une lettre conservée depuis longtemps ou un petit objet ayant appartenu à quelqu'un que j'aime. Pas pour créer une mise en scène mystérieuse, mais pour donner une place aux souvenirs. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans ces objets ordinaires qui traversent les années. Une tasse héritée, un livre dont les pages portent encore une écriture familière, un bijou que l'on garde sans nécessairement le porter. Ils racontent des vies, des lieux, des gestes. Ils nous rappellent que nous sommes aussi faits de ce qui nous a précédés.
J'aime également laisser une petite place vide sur cet autel. Un espace qui ne représente rien de précis, mais qui rappelle que tout n'a pas besoin d'être rempli, expliqué ou retenu. L'ensemble doit rester simple. Quelques objets choisis avec attention suffisent. Et si l'on allume une bougie, on reste auprès d'elle avant de l'éteindre.
Un rituel pour la nuit du 31 octobre
Lorsque le soir arrive, j'aime imaginer un moment sans téléphone, sans musique nécessairement, simplement avec la lumière des bougies et les bruits de la maison. On peut s'asseoir quelques minutes devant son autel, préparer une infusion chaude et regarder les objets que l'on a réunis. Je trouve beau de prendre alors un carnet et d'écrire quelques lignes.
☽ · ꩜ · ☾ Quelques lignes dans votre carnet
Qu'ai-je envie de remercier avant que cette saison ne s'achève ? Quels souvenirs, quelles rencontres ou quelles expériences ai-je envie de garder près de moi ? Et qu'est-ce que je pourrais enfin laisser derrière moi, sans colère ni regret ?
Il n'est pas nécessaire de répondre à toutes ces questions. Une seule phrase peut parfois suffire. On peut aussi choisir de penser à quelqu'un qui nous manque, de se souvenir d'une histoire racontée pendant l'enfance, d'une maison dans laquelle on a grandi, d'un parfum de cuisine ou d'une voix que l'on aimerait entendre encore.
Et si les souvenirs sont trop douloureux, rien n'oblige à les convoquer. Le rituel peut simplement devenir un moment de calme, une manière d'accueillir le changement de saison. Ce que j'aime dans ces gestes, c'est leur liberté. Ils n'ont pas besoin d'être accomplis parfaitement. Ils n'exigent aucune croyance, aucune formule particulière, aucun résultat. Seulement quelques minutes de présence.
De Mabon à Samhain, laisser évoluer la maison
Si vous aviez composé un petit autel pour Mabon, au moment de l'équinoxe d'automne, il n'est pas nécessaire de tout recommencer. J'aime au contraire l'idée de laisser cet espace évoluer doucement avec les semaines. Les fruits de septembre peuvent laisser place à une grenade, les fleurs fraîches à une branche ramassée après le vent, les couleurs dorées à des nuances plus profondes de prune, de rouille ou de brun.
On retire ce qui a fané, on conserve ce qui nous plaît encore, on ajoute un objet trouvé au hasard d'une promenade. La maison suit ainsi le mouvement des saisons, sans jamais devenir un décor figé.
Et lorsque Samhain sera passé, rien ne presse. L'autel pourra rester quelques jours, puis disparaître naturellement. Les objets retrouveront leurs places, les bougies serviront à d'autres soirées et la petite console accueillera peut-être bientôt les premières branches de l'hiver. C'est aussi cela que j'aime dans les rituels saisonniers : leur caractère éphémère. Ils nous apprennent à apprécier les choses sans chercher à les retenir indéfiniment.
Ce que l'on choisit de garder
Je crois que nous avons parfois besoin de gestes concrets pour accompagner les changements intérieurs. Déplacer quelques objets, allumer une bougie, écrire une phrase, ouvrir une fenêtre sur la nuit. Ce sont de toutes petites choses, mais elles donnent une forme à ce que nous ressentons sans toujours parvenir à le nommer.
Samhain me touche particulièrement pour cela. Non pas pour son obscurité, mais pour cette invitation à regarder la lumière autrement. Celle qui demeure dans les souvenirs, dans les maisons, dans les histoires que l'on transmet et dans les choses simples que l'on continue de faire, année après année.
Alors, ce 31 octobre, peut-être que je laisserai simplement une bougie allumée quelques instants de plus, une grenade ouverte sur la table et une vieille photographie près de la fenêtre. Dehors, l'Atlantique continuera son mouvement. Le jardin sera silencieux. Et quelque part entre les derniers jours d'octobre et les premières heures de novembre, une nouvelle saison commencera.
Écrit à Tenerife, entre les derniers soleils d'octobre et les premières nuits de la saison sombre.
Écrit à Tenerife, entre deux marées.