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Chroniques de Tenerife — 9 min · 2026-04-12

Le nord sauvage, Anaga

Chronique d'une marche dans le massif d'Anaga, entre laurisylve millénaire et villages accrochés aux crêtes - l'autre visage de Tenerife.

Le nord sauvage, Anaga

On croit connaître Tenerife. On a vu les plages du sud, les piscines, les buffets. Puis on prend la route de Chamorga un matin de brume, et l'île change de visage. Anaga est un dos de dragon plongé dans les nuages, une forêt qui a survécu à l'âge de glace.

La laurisylve sent l'humus et le laurier. Les fougères sont hautes comme des enfants. On marche dans un temps qui n'est plus le nôtre : celui des lichens, des pigeonniers en pierre sèche, des paysannes qui descendaient à Santa Cruz à pied, des paniers de gofio sur la tête.

À Taganana, on boit un vin de listán negro dans une tasse en métal. Le patron parle du vent comme d'un voisin capricieux. Dehors, les falaises tombent dans l'Atlantique sans transition, à pic, six cents mètres d'un seul geste géologique.

Je reviens toujours de ces marches avec les chaussures noires de terre et le cœur recalibré. L'île enseigne une chose simple : ce qui est ancien n'est pas dépassé. Ce qui est lent n'est pas perdu.

Écrit à Tenerife, entre deux marées.